La bataille de Rockall

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Le compte-rendu qui suit à pour objectif

  • de présenter les faits dans leur ensemble afin que les joueurs puissent avoir une vision globale de ce qui s’est passé.
  • de discuter des « performances » des joueurs, qu’il s’agisse des choix tactiques (ou de l’absence de choix) ou de la compréhension des règles.
  • de faire le point sur les aspects techniques du jeu en soulignant les points de règle qui posent problème, ou au contraire, s’avèrent satisfaisant.

1-  Les faits

1509 : attaque du 817 sqn

Les appareils sont repérés à 5 nautiques de distance, ce qui laisse le temps aux navires allemands d’alerter leur équipage et d’augmenter leur vitesse.

Les quatre Flights attaquent le Scharnhorst et le Gneisenau sur chaque bord. La Flak du Scharnhorst abat 2 Albacore et celle du Gneisenau aucun.

Les dégâts sur le Gneisenau sont superficiels et sont totalement absorbés par la protection anti-torpilles.

Ils sont plus graves sur le Scharnhorst ; Le bâtiment a été atteint dans sa partie arrière, et l’explosion noyé la soute à munitions arrière et un compartiment machine (- 8 n). L’onde de choc a de surcroît faussé le directeur de tir arrière.

1527 : attaque du 832 Sqn

Les appareils sont repérés à 4 nautiques.

Le A Flight attaque le Scharnhorst tandis que les deux autres (B et C) tentent de torpiller le Gneisenau. Ce dernier parvient a abattre un des Albacore.

Les deux bâtiments encaissent chacun une torpille. Les dégâts sont nuls sur le Scharnhorst mais le Gneisenau embarque beaucoup d’eau.

 1600 : rapport d’avaries

le contrôle des avaries est excellent sur le Scharnhorst et moyen sur le Gneisenau qui continue à embarquer de l’eau.

 1615 : contact entre les deux escadres

 Les navires des deux camps, éloignés de 30.000 yards, font route au sud, à 25 n pour les britanniques, à 10 n pour les allemands. Aussitôt, l’escadre allemande commence à forcer l’allure, tandis que le Prinz Eugen commence à virer sur bâbord pour mettre le cap à l’est, afin de masquer les croiseurs de bataille derrière un écran de fumée. Sur le Scharnhorst, ordre est donné de préparer un hydravion Arado.

 Peu après les croiseurs et les destroyers britanniques infléchissent légèrement leur route à tribord, pour se diriger au 220.

 A 1630, Le Duke of York et le Norfolk ouvrent le feu sur le Prinz Eugen, tandis que ce dernier en fait autant, en répartissant son feu sur le cuirassé britannique et le Tartar. Son tir est étonnamment précis car il place un obus sur le navire de ligne, lequel ne souffre cependant que de dommages superficiels.

 Peu après, le Prinz Eugen est atteint par deux obus du Duke of York, qui déclenchent des incendies et provoquent de nombreuses avaries au milieu et à l’arrière du croiseur. Le bâtiment décide d’abattre sur tribord (cap au sud) afin de se cacher derrière son propre écran de fumée. Cependant, avant la fin de la manœuvre, deux autres obus frappent le navire qui est désemparé par l’ampleur des avaries.

 Les dernières salves du Prinz Eugen cependant, dirigées contre le seul Tartar, sont mieux ajustées, et un obus de 203 mm dévaste l’avant du destroyer britannique. Le destroyer, dont la passerelle de commandement a été détruite et les machines avariées, adopte alors une route erratique vers le sud est à la vitesse de 14 nœuds.

 Pendant ce temps, le Norfolk entame en virage sur bâbord pour mettre le cap au sud est, tandis que le Scharnhorst catapulte un de ses hydravions.

A 1640, les croiseurs de bataille allemands comment à virer sur bâbord pour mettre le cap à l’est et dévoiler ainsi leurs batteries. Ils ouvrent le feu, l’un sur le Norfolk et l’autre sur le Duke of York et encadrent très rapidement leur cible respective. Deux obus du Gneisenau ricochent sur le blindage du navire de ligne anglais, et des éclats causent des avaries légères à bord du croiseur.

 Le tir britannique sur le Prinz Eugen n’est pas moins précis : six obus du Duke of York, deux du Norfolk et autant de l’Edinburgh atteignent le croiseur allemand en quelques minutes et le réduisent à l’état d’épave.

 Le calvaire continue pour les survivants puisque dix obus (dont cinq de 14 pouces) atteignent de nouveau le navire au cours des minutes suivantes. Les incendies, hors de contrôle, s’étendent à la soute arrière, et à 1642 une colonne de feu jaillit de l’arrière du croiseur. L’instant d’après, une énorme explosion disloque le navire, et quand la fumée se dissipe, il ne reste du Prinz Eugen que la proue dressée vers le ciel, qui s’enfonce rapidement dans la mer.

Les canonniers allemands, comme pour venger leurs camarades du Prinz Eugen, se déchaînent sur les navires britanniques et placent trois obus sur le Duke of York et 2 sur le Norfolk.

Le premier obus ricoche sur l’épais blindage du cuirassé, tandis que le deuxième explose dans les superstructures sans réellement endommager le navire. Par chance pour l’Allemagne, le troisième obus frappe la partie haute du Duke of York, déchiquetant la cheminée et abattant le mat avant du navire. Le bâtiment n’est pas sérieusement endommagé mais a perdu ses radars et sa direction de tir.

Le blindage du Norfolk n’est lui pas en mesure d’arrêter les obus allemands, et ceux-ci explosent dans la partie arrière du croiseur, causant de graves avaries et neutralisant ses tourelles X et Y. Le navire entame alors un virage sur tribord pour mettre le cap au sud.

 A 1645, les navires britanniques ouvrent le feu sur les croiseurs de bataille allemands. Le Duke of York entame par bâbord un virage vers le nord, tandis que le Norfolk, qui a changé d’avis, abat maintenant sur bâbord, pour se diriger vers le nord est. Malgré ses manœuvres brutales, le croiseur parvient à placer un obus sur le Gneisenau.

Ce dernier n’est nullement affecté par ce projectile incapable de percer son blindage, et réussit l’exploit de placer six obus sur le Duke of York. Ses obus ricochent sur le blindage du cuirassé ou explosent dans ses superstructures sans causer de dégâts considérables. L’artillerie secondaire engage l’Edinburgh et met deux coups au buts, qui, eux aussi, n’infligent que des dégâts superficiels.

Le Scharnhorst, de son côté, gêné par les évolutions du Norfolk ne place qu’un obus sur sa cible. Mais ayant trouvé la bonne solution de tir, il enchaîne les coups au but au cours des minutes suivantes, et le croiseur britannique est atteint par six obus de 28 cm qui causent des dommages irrémédiables.

Le Gneisenau, touché par un nouvel obus de l’Edinburgh, atteint une fois de plus le Duke of York.

Le commandant du Tartar, qui a recouvré le contrôle de son bâtiment délègue le commandement de sa flottille au Bedouin et dirige son navire vers le nord est.

 A 1650, les croiseurs de bataille allemands abattent à bâbord pour se diriger au nord est. Leur tir est aussi précis qu’auparavant, et le Duke of York est atteint par trois obus de 28 cm et l’Edinburgh par deux (plus deux de 15 cm). Les dégâts sont modérés sur le cuirassé, mais le croiseur est très sévèrement atteint.

Le croiseur, qui faisait route au nord, abat sur bâbord et met le cap au sud. Le Bedouin, de son côté modifie sa route pour se diriger vers l’est et masquer les autres bâtiments derrière un écran de fumée.

Peu après, le Duke of York abat sur bâbord, cap au sud ouest, pour se rapprocher de cet écran de fumée car les coups continuent à tomber : trois obus atteignent encore une fois le cuirassé, dont l’un pulvérise une tourelle de 5.25 pouces.

 A 1655, l’Edinburgh, qui a continué sa route au nord, émerge du rideau de fumé étendu par le Bedouin et l’Eskimo, et est engagé par les deux croiseurs de bataille. Le Scharnhorst place quatre obus de 28 cm au but et le Gneisenau, trois. Cette avalanche de coups dévaste le croiseur, dont les superstructures avant s’effondrent.

Le Bedouin, qui tente courageusement de protéger la fuite des unités lourdes, est pris à partie par les pièces de 15 cm des deux cuirassés allemands, et est atteint par trois projectiles qui causent des dégâts importants. Le destroyer abat alors sur bâbord pour se soustraire aux tirs ennemis, mais en raison des dommages subis dans ses machines et à l’hélice, n’a plus assez de vitesse pour s’abriter à temps et est pulvérisé par plusieurs obus de gros calibres.

A 1700, les navires allemands n’ont plus de cible en vue (les navires anglais sont tous masqués par de la fumée), si ce n’est le cuirassé, 25 000 yards plus au nord, qui file à pleine vitesse. Ils réduisent leur vitesse pour économiser leurs machines et virent sur tribord pour rompre le contact.

 Vers 18h30, alors que dans l’escadre allemande l’espoir de rompre le contact avec la Royal Navy sous couvert de l’obscurité commence à devenir tangible, l’alerte aérienne est donnée : un groupe d’avions torpilleurs s’approche. Six d’entre eux s’en prennent au Gneisenau tandis que les trois derniers attaquent le Scharnhorst.

Les servants des pièces de dca se surpassent tant sur le Scharnhorst que sur le Gneisenau car trois appareils ennemis sont abattus. Cependant, ils ne peuvent empêcher les avions britanniques de passer à l’attaque, et les cuirassés, alourdis par l’eau embarquée peuvent difficilement éviter les torpilles. Le Gneisenau est atteint par deux torpilles et le Scharnhorst par une. Par miracle, l’explosion des trois torpilles est en grande partie absorbée par les caissons de protection et les bâtiments ne souffrent que de dégâts superficiels.

La nuit, l’amiral tente un coup de poker en ordonnant le cap à l’ouest, dans l’espoir de se faire dépasser par les anglais. La chance lui sourit car le Scharnhorst et le Gneisenau parviennent à semer la Royal Navy. Malgré quelques attaques aériennes infructueuses en mer du Nord, les bâtiments parviennent à rentrer en Allemagne où ils sont accueillis comme des héros.

2-  La conduite du combat

L’objet des lignes qui vont suivre n’est pas de stigmatiser tel ou tel joueur en raison de ses erreurs, réelles ou supposées, mais de vous donner l’avis d’une personne impartiale et ayant une vue d’ensemble de la partie (moi !) dans l’unique but de faire fructifier l’expérience acquise lors de la partie.

Sur le plan stratégique il n’y a pas grand chose à dire étant donné l’aspect sommaire de la modélisation. Les britanniques étaient dans une situation un peu difficile car ils n’avaient que trois cuirassés et un porte-avions rapides pour intercepter deux escadres allemandes.

Le choix d’affecter le Victorious à la traque de l’escadre de Brest est pertinent, eu égard aux conditions météorologiques difficiles du détroit du Danemark qui auraient réduit ses capacités.

L’affectation des cuirassés était par contre plus délicate. Il fallait soit affronter le Tirpitz à un contre un, c’est à dire avec un léger handicap tactique eu égard aux capacités respectives des navires, soit engager le Scharnhorst et le Gneisenau à un contre deux.

C’est ce dernier choix qui a été fait, et c’était à mon avis la meilleure solution. Le Duke of York dispose d’une vaste zone d’immunité face aux croiseurs de bataille allemands, et s’il est bien manœuvré, peut les détruire sans s’exposer.

 L’interception des bâtiments dans l’Atlantique est le fruit du hasard (plusieurs jets de dés ont déterminé si les appareils du Coastal Command détectaient ou non les escadres allemandes).

 L’attaque des bâtiments allemands par les Albacore a certes été couronnée de succès mais n’était a priori pas la meilleure solution : en cas d’échec des raids aériens (ce qui aurait été possible), l’escadre allemande aurait probablement réussi à échapper à la Force B en mettant le cap à l’ouest à grande vitesse. Il aurait été moins risqué de garder les avions torpilleurs en réserve ou de ne les lancer qu’au moment de l’interception.

Affecter le Sheffield à la protection du Victorious n’apparaît pas non plus très pertinent. Cela a affaibli la division de croiseurs sans ajouter grand chose à la sécurité du porte-avions. Si celui-ci avait été engagée par Salmon et Gluckstein, la présence Sheffield n’aurait probablement rien changé.

Le combat en lui-même n’a pas toujours été mené de la meilleure façon qui soit.

 La Royal Navy n’a pas démontrés ici de grandes capacités manœuvrières. Les actions britanniques ne m’ont pas semblé coordonnées ni par un plan de bataille rigoureux ni par un commandement efficace. De mon point de vue, l’amiral britannique n’a pas donné de consignes claires à ses subordonnés et les a saturé de messages souvent inutiles. Faute d’avoir planifié ses actions, il a donné l’impression de réagir au coup par coup aux évènements.

Le camps anglais a également pêché dans le choix des cibles. Le Duke of York s’est acharné sur le Prinz Eugen, alors qu’il aurait du engager les unités lourdes adverses. Le croiseur allemand a certes été détruit, mais les précieux tours de tir que le navire amiral britannique lui a consacré ont permis au Gneisenau de mettre plusieurs coups au but, dont l’un a mis hors de combat sa direction de tir.

Du côté allemand, il faut reconnaître que la situation difficile limitait les options tactiques. L’idée d’utiliser le Prinz Eugen comme leurre et pour masquer les mouvements des croiseurs de bataille est bonne, voire excellente, mais son application l’est un peu moins. Le croiseur s’est trop exposé en restant trop longtemps trop près des bâtiments anglais, et sa destruction est la conséquence logique de cette imprudence.

D’une façon générale, les officiers allemands ont également bénéficié, il faut l’avouer d’une chance insolente à certains moment de la partie. Le Scharnhorst et le Gneisenau ont été des tireurs très chanceux tandis que le Duke of York s’est illustré par l’inefficacité de son tir.

 Pour être honnête, cette chance était méritée. L’équipe allemande a mieux mené le combat que son homologue britannique, ce qui lui a permis de se sortir d’une situation qui ne lui était a priori pas favorable. Pour être franc, je n’imaginais pas au début de la partie, un dénouement aussi heureux pour la Kriegsmarine et avais commencé à réfléchir aux conséquences stratégiques de l’inévitable victoire britannique.

De ce point de vue, l’engagement se termine incontestablement par une victoire tactique allemande.

Stratégiquement, l’analyse est plus complexe. D’un certain point de vue, il s’agit d’une défaite pour la Kriegsmarine qui n’a réussi ni à interrompre le trafic marchand allié dans l’Atlantique ni à redéployer ses unités lourdes en Norvège.

Sur le plan matériel, si les pertes sont plus élevées du côté britannique que du côté allemand (2 croiseurs et un destroyer contre un croiseur), elles ne sont pas ressenties de la même façon par les deux marines : la Grande-Bretagne peut compenser la perte du Norfolk et de l’Edinburgh tandis que la Kriegsmarine ne peut pas remplacer le Prinz Eugen.

Cependant, en dernière analyse, l’engagement est vécu par les deux camps par une indéniable victoire de la Kriegsmarine, qui a réussi à priver la Royal Navy d’une victoire à priori facile.

L’engagement, qui survient quelques mois après la destruction du Hood par le Bismarck, est pour la Royal Navy est une humiliation qui laissera des traces : des têtes vont sûrement tomber au plus haut niveau et les cours martiales qui s’annoncent risquent de ne pas être conciliantes. Il est probable que l’amiral Perez ne reçoive plus de commandement opérationnel.

 3-  La modélisation

Cette partie a été l’occasion de tester un certain nombre de nouveautés, en particulier des aides de jeu sous Excel déterminant automatiquement les chances d’impact, les dégâts infligés, etc. Pareillement, la partie a été l’occasion de découvrir quelques failles dans les règles.

A mon humble avis, on peut retenir les points suivants :

  1.    les aides de jeu se sont révélées extrêmement utiles ; elles accélèrent le jeu en réduisant la charge de travail de l’arbitre (plus de fastidieux jets de dés, de recours aux tables, …) et l’aident à gérer les mouvements des navires.
  2. certaines se sont cependant révélées imparfaites et ont généré quelques bugs (mineurs).
  3. quelques points de règles n’ont pas donné satisfaction :
  • il y a encore beaucoup à faire sur le plan organisationnel (comment conserver, gérer, communiquer les informations).
  • les règles de commandement et leurs enjeux ne sont pas intégrées par tous les joueurs.
  • les navires touchés dans les machines perdent leur vitesse beaucoup trop rapidement ; leur inertie devrait leur permettre de continuer à avancer plusieurs tours.
  • la détection visuelle des avions reste un problème non résolu.
  • les radars allemands se sont révélés beaucoup trop efficaces dans la détection et le tir.
  • les tirs guidés par un hydravion ne sont pas réglementés avec précision.
  • le malus relatif à la taille des navires n’est pas assez important : les navires de petite taille sont atteints trop facilement.
  • il n’y a aucune précision dans les règles concernant les torpilles.
  • le système de dca est beaucoup trop lourd.
  • la gestion des caissons pare torpilles est beaucoup trop difficile et pas assez réaliste (ils me semblent trop efficaces).
  • la notion de zone d’immunité de semble pas avoir été comprise par tous les joueurs.

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